Bien au-delà des brumes, l’irréelle réalité des rêves.

Après plus de dix ans d’expérience et de réalisations de spectacles audiovisuels et multi-écrans dans les domaines de la montagne et de l’Himalaya, je connais la morsure du désespoir : plus de compagnon, plus de toit, plus de travail, plus de force.

Et pourtant, c’est au coeur même de ce vide que je découvre mes véritables ressources et les bienfaits de la nature qui m’entoure.

Ce que je trouve est toujours plus beau que ce que je cherche. J’apprends de la vie encore et toujours. C’est un droit que je m’accorde dans n’importe quelle circonstance. Du plus profond de mon noir désespoir a jailli une lumière blanche insoupçonnée, mon ange sans doute ! Alors des mots très anciens mais nouveaux pour moi, se sont échappés des oubliettes : espoir, volonté, force.
Mais c’est la nature qui m’a enlacée, bercée, comblée de ses bienfaits nuit et jour. Si elle m’a amenée à découvrir, à toucher du doigt puis à partager la magie de l’Univers et de ses éléments, elle m’a essentiellement fait comprendre que tout dormait en moi, en nous, comme un trésor enfoui ne demandant qu’à briller au grand jour.
J’ai écrit ce livre comme un long merci à ces maux qui m’ont fait du bien avec l’espoir, qu’en le refermant, la lumière déborde encore…


Extraits du livre – Bien au-delà des brumes –
Février 1997
Le froid est vif, persistant et plus dévastateur sur moi que sur la campagne environnante. Ce soir-là, comme tant d’autres soirs, je m’endors dans la tourmente de mes pensées agitées. Il y a déjà bien longtemps que mes rêves ne sont plus de blonds soleils qui ruissellent de toutes parts. Réveillée, comme chaque nuit au passage de la petite aiguille sur les heures de ma montre, je me lève, tourne dans la salle de bain et me recouche, vide de l’espoir de me rendormir.
Les yeux tristes, embués des manques et frustrations répétées, j’observe cet homme encore jeune, mon homme, allongé près de moi. Le visage a perdu ses traits moelleux et réconfortants d’avant. L’expression, dure, semble traduire une bataille intérieure considérable, presque antique. Soudain, sur la gauche du lit, penchée au-dessus de ce corps endormi, je distingue nettement une énorme silhouette noire et phosphorescente en forme d’oeuf. Cette figure angoissante qui se découpe sur le mur de la chambre s’abat soudain sans une hésitation sur le corps abandonné et le tue. Puis contre toute attente, le profil noir se redresse, contourne le lit et se jette violemment sur moi. Si je n’ai pas le temps d’avoir peur, une question surgit instantanément : Pourquoi moi ? Et surtout tel un flash, l’image désespérée de mes deux filles qui dorment encore.
Je sens mes bras et mes jambes s’alourdir, la vie m’abandonner, je suis paralysée, écrasée sur le matelas devenu inutile, par une force monstrueuse et irrésistible. À cet instant, celui que je croyais mort bondit hors du lit et crie : J’ai fait un cauchemar épouvantable, on me tuait à coups de hache !
Le reste de la nuit, et durant les nuits qui suivront, je ne m’endormirai plus que sous le halo lumineux d’une lampe sécurisante. Les jours pèsent comme le plomb. L’hiver perdure malgré l’apparition des premiers bourgeons. Je ne vois plus l’avenir au-delà de la minute. L’enthousiasme et la joie de vivre qui me caractérisaient se sont effilochés à l’extrême. Je suis usée jusqu’au fond de l’âme. Les désillusions de ces dernières années ont fini par avoir raison de mon énergie légendaire.
Les fils ténus qui me relient encore à la vie se nomment Julie et Coralie. Quand mes filles sont loin de moi, ces liens précaires cassent net et la solitude m’étrangle. Elle m’étrangle si fort que je décide, un matin, de ne plus me lever et d’attendre la fin. Une fièvre spontanée me cloue au lit et m’encourage dans cette résolution. Au bout de ma patience il n’y a plus de patience et les pourquoi, comment, quand ne sont plus que des points d’interrogation qui s’amenuisent inexorablement. Quand enfin tout m’indiffère, une étrange sérénité m’inonde. Cette paix salvatrice n’est absolument pas du goût de mes filles.
– Maman, on t’aime, on est avec toi. Vis !
Blottie dans ce nid de tendresse, ce berceau d’amour dessiné par leurs bras, j’ai un sursaut inattendu. J’appelle au secours Jean-Paul. Il y sept ans déjà qu’il a gommé chez moi tout risque de développer une maladie du sein. Si depuis je ne l’ai pas revu, ses séances de magnétisme sont restées gravées en moi intégralement.

ler avril !
– Ce n’est pas un poisson facétieux que je dessine, mais des listes de mots et des colonnes de chiffres. Ils donnent à ma feuille un aspect sévère. Je les classe, implacablement, par ordre hiérarchique. Cette page de comptable scrupuleux ne me ralliera pas, aujourd’hui, aux fous rires traditionnels. J’ai le vertige, que c’est gris ! Dans un contexte pareil, le graphite est particulièrement terne et morose :
Séparation, coût d’un divorce, recherche d’un emploi, quête d’un logement, mutuelle, assistante sociale, évaluation des dépenses…
Tous ces grands thèmes recensés, débarquent alors les chapitres et les sous-chapitres. Une vraie bible flanquée de son glossaire. Je rajoute, dans les interlignes, des consignes supplémentaires : priorité à Julie et Coralie, acceptation de la solitude, sourire, sourire, sourire…
Aurai-je l’étoffe d’un chef pour orchestrer cet ensemble de données ?
En étudiant, plus en détail, ce programme austère, je cherche des débuts de solution et déniche, à ma grande surprise, quelques points positifs.
ENFIN !
Je sens, brusquement, un ruban de soleil m’envelopper les épaules, couler le long de mon bras et s’enrouler en spirale autour de mon crayon. Sous l’effet de ce rayon salvateur, les mots, apprivoisés, sont porteurs d’espérance. Certains s’illuminent et revêtent un tout autre aspect : CV intéressant, carnet d’adresses précieux, possibilité de contrats modestes avec l’Education Nationale ou la Chambre de Commerce…
Je constate, également, que je suis armée psychologiquement. Claire dans ma tête, je garderai le cap, quoi qu’il arrive. Aucun rapport de force ne s’instaurera, même si je ploie sous le dénigrement, les critiques, les conseils : Ah ! Si j’étais à ta place, moi je… Il y a belle lurette que j’ai tout analysé, décortiqué. Je n’ai plus rien à dire à ceux qui n’ont rien vécu de semblable.
Mes filles sont presque autonomes. Julie termine sa seconde année de lettres sup. et Coralie passe en terminale S. Vraiment ce serait presque extravagant de me plaindre ou de me lamenter. La nouvelle chute de niveau de vie qui s’annonce sera tout à fait supportable si je me fixe des échéances, si je reste exigeante avec moi-même et si je compense les efforts par de menus plaisirs gratuits : la marche, la musique, l’étude approfondie d’un sujet quelconque. J’inclus également la prière. D’aussi loin que je me souvienne, je priais avec mes parents, ma famille proche. Alors que l’on imagine souvent une corvée redoutable, c’était un plaisir partagé.
Mais c’est la nature qui me ressourcera et m’inspirera le plus. Que de remerciements ai-je pu adresser aux rivières, aux arbres, aux fleurs, à la frêle brindille ballottée par le vent. Combien de fois me suis-je glissée dans la peau de l’Indien, le jalousant de n’avoir pour limites que les confins de la nature ? Accord parfait et respect mutuel de l’un vis-à-vis de l’autre. Après avoir relu l’ouvrage intitulé Ishi, l’histoire unique de cet Indien rescapé des massacres, je ne me vante plus d’appartenir à la race dite civilisée, grande meurtrière de cette symbiose naturelle.
Quoi qu’il en soit, les épreuves qui jalonneront mon futur témoigneront d’un deuil qui s’éloigne. Avec une logique impeccable, les processus de fin et de renaissance s’enclenchent : licenciement, dépôt de bilan de notre société, séparation physique d’avec mon mari, intervention de l’assistante sociale, ASSEDIC, ANPE… Les événements importants se bousculent dans des journées trop courtes.
Contre toute attente, un miracle tombe du ciel par l’intermédiaire du facteur. Bernard, celui que je surnomme Etoile, m’envoie le nécessaire pour entamer le parcours dans ce désert aride. Les brûlures des premiers pas me seront épargnées. Si, dans mes mains, ce chèque me procure ce que l’on appelle l’ivresse des grands crus, il me renvoie surtout l’image d’une tendre et sincère amitié. Pas de décalage entre ce qu’il m’a dit être, ce qu’il pensait faire et ce qu’il accomplit réellement.
À peine remise de cette délicieuse émotion, deux surprises m’attendent. Deux autres coeurs, pleins de compassion, décident de battre, ponctuellement, au rythme du mien et de mes préoccupations. Mon cousin Marc et Christian, le père de Julie et de Coralie, m’insufflent l’énergie nécessaire pour passer concrètement aux actes.
Le lendemain, dès l’aube, je piétine devant le cabinet immobilier. Une unique annonce dans une seule agence m’a séduite. Quatre lignes sibyllines ont suffi pour que j’imagine ce qui est suggéré : trois pièces claires sous les toits, mezzanine, poutres apparentes, 50m2, calme et verdure. Le temps pour l’employé de renfiler immédiatement le pardessus qu’il venait de suspendre à la patère, et me voici explorant notre future habitation.
Quelques heures plus tard, après une suite rocambolesque de démarches pour réunir les papiers et l’argent indispensables, Julie et Coralie empochent trousseau de clés et bail dans une euphorie totale. Les projets fusent et s’entrechoquent. René et Charlette, qui se sont portés caution pour moi, exultent. Chers amis !
Jour après jour, nous emballons et tassons les piles de cartons dans la fidèle deux-chevaux. Notre nid d’aigle se remplit rapidement. Xavier, Maxime, Gérard, Romain et Jean-Luc, tous copains proches, nous prêtent inconditionnellement leurs bras. Les autres, indisponibles, nous abreuvent de messages encourageants. Les meubles de famille sont abandonnés faute de place. Quelle prouesse pour caser le reste ! Tout est calculé au millimètre. Coralie prend des fous rires sans fin quand il s’agit d’aménager la minuscule salle de bain. Trois brins de muguet fêtent cette installation.
Ici, tout est chaud, rond, intime, esthétique. Nos coeurs se délassent puis se prélassent dans un bien-être moelleux. Les jeunes pousses de mes bonsaïs nous avisent que le printemps est là. Mes yeux portent une infinie attention au paysage renouvelé. Tout est naissance chez nous et renaissance alentour. Les arbres effleurent les fenêtres, les oiseaux s’égosillent : leur chant matinal est toujours un remerciement au jour qui se lève et à l’univers. Comment ne pas être plein d’entrain après une telle régénération ?
Chacune a posé ses trésors et s’en délecte. Les miens sont réunis sur l’étagère naturelle du mur. Deux spots attisent leur éclat… Je savoure ces incursions dans le monde fantastique des minéraux. Les pierres louent, en forme et en couleur, les grâces de la terre. Certaines sont moirées de mauve, d’autres sont éclaboussées d’étincelles de feu, d’autres encore sont transparentes et pures comme des gouttes de pluie. Elles paraissent animées par la magnificence de leurs reflets. Je les caresse avec une volupté, une satisfaction presque sensuelle… Il paraît que les esprits sont sculptés par les lieux, les atmosphères. Par exemple, la musique que nous inscrivons dans les murs s’insinue en nous comme un parfum. Nous sommes heureuses. Impossible de relater toutes les étreintes, les baisers, les éclats de rire que nous partageons. C’est un nouvel air que nous respirons, un gaz rare chargé d’amour qui nous purifie et nous guérit. C’est promis : nous nous attacherons à préserver cette sphère.
L’année scolaire s’achève pour Julie. J’admire ma grande fille. Je m’extasie devant sa persévérance. Deux années de tension, de travail intensif et ininterrompu pour cette Khâgne et ce concours d’entrée à Normale Sup. Bravant les tempêtes familiales, elle a su éviter tous les écueils visibles et invisibles. Se ressourçant dans les bras amoureux de Maxime, elle a puisé une énergie intarissable. Quant à Coralie, les dernières semaines sont consacrées aux révisions. Le bac de français approche. Elle m’émerveille et m’émeut particulièrement. Calme et posée, pratiquant avant l’âge le détachement, elle est un pilier de la maison. Disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour sa soeur, nous aimant inconditionnellement, elle s’épanouit pleinement dans cet appartement. La musique enfle et éclate quand ses copains apparaissent.
La clarinette de l’une et la flûte de l’autre sont toujours à portée de lèvres. Les notes s’amoncellent et nous convient à une ronde joyeuse. Dans quelques mois, nous fêterons leurs 17 et 20 ans dans une bulle d’air frais. Cette pensée est savoureuse au possible.
1er mai –
Date officielle de la fête du muguet et jour de liesse chez les commerçants, au même titre que celui de la fête des mères, des pères, des grands-mères et pourquoi pas, dans un proche avenir, celle des chiens et des chats. Lucratif ne rime décidément pas avec romantisme. J’ai soudain très envie d’arpenter les sous-bois et de cueillir précautionneusement quelques brins de muguet. Poussant sur leur terre d’origine, ils ont la particularité d’être beaucoup plus robustes et odorants que travaillés en serre. Ayant résisté aux frimas de l’hiver, feuilles et clochettes sont altières et vigoureuses. Cette pensée m’apporte, en écho, un vague souvenir, une suggestion encore proche.

– Puisque vous êtes férue de nature je peux, au printemps, vous faire faire une promenade énergétique.
À l’époque, cette proposition m’avait revigorée car elle marquait un projet possible, même modeste, dans un avenir opaque.
– Pourquoi pas !
Ces dernières semaines, j’ai pris du temps au temps pour connaître mon «moi» et surtout mon âme. Pouvait-il en être autrement? Maintenant l’heure d’apprendre carillonne comme autrefois. Le point de départ me semble tout désigné, collines et forêts.
Un simple appel et nous sommes là, tous les deux. Comme c’est étrange de côtoyer Jean-Paul dans ce contexte, oh combien différent !
Cet épisode supplémentaire, sans doute programmé dans l’espace depuis la nuit des temps, nous trouble en secret. Passagère trop silencieuse près d’un conducteur trop volubile, nous sommes persuadés dès la première minute que la rencontre de nos esprits s’est déjà faite avant la rencontre de nos êtres. Plusieurs virages nous entraînent hors de l’agglomération. La voiture se gare en lisère de bois. Que vais-je découvrir ? Quelle sorte de lumière va s’allumer dans mon cerveau ? Je bous d’impatience et de curiosité.
La lumière de juillet irradie tout sur son passage. Nous sommes le 12 et, désormais, je transcrirai mon histoire au jour le jour, voire heure après heure.
Le retour du soir est accentué par la disparition progressive du paysage dans la nuit brune. Le clocher de l’église Saint-Pierre martèle onze coups. Ils nous arrivent amortis par l’épaisseur du silence et de la chaleur. La journée s’estompe puis sombre dans la pesanteur et la langueur. Penché sur une carte routière, Ouram avale des kilomètres de routes de France, du bout des doigts. Grâce aux cathédrales et aux abbayes qu’il sélectionne sur l’itinéraire de notre futur périple, il veut, en août prochain, tenter de me faire entrer dans les mémoires de ces pierres séculaires. Le but du voyage étant, bien entendu, la cathédrale de Chartres. Depuis des mois, il me prépare à cette rencontre par l’étude assidue du nombre d’or et de la kabbale. Ce passé immortel m’attire comme un aimant et le mystère de l’aventure m’excite au plus haut point. Brusquement une voix étonnée me tire de mes pensées.
Ourami viens, viens vite, j’ai découvert des paillettes !
(Ourami ? paillettes ? je ne sais lequel de ces deux mots nouveaux me frappe le plus, me laisse bouche bée et aphone)
Viens vite !
Des paillettes ?
Oui, j’allais m’asseoir lorsque j’ai été attiré par ces éclats dorés.
Oh ! J’en compte six. Comme elles sont minuscules et brillantes ! D’où viennent-elles ?
Mets-les sur une feuille blanche.
Elles sont si petites, comment les prendre ?
Je me précipite dans la chambre de Julie, attrape une enveloppe posée au hasard de son bureau et m’agenouille devant le canapé. Je n’ose toucher ces choses microscopiques. Mes doigts me semblent gourds, énormes, disproportionnés au regard de la petitesse de ces éclats. Finalement je les soulève, un à un, avec la pointe effilée de ma plume en verre et les dépose, précautionneusement, sur l’enveloppe blanche. À cet instant précis, entre mes pieds, apparaît venue de je ne sais où une septième. La récolte terminée, je me relève délicatement et, sur la pointe des pieds, parcours les trois mètres qui me séparent de la table. Je remarque alors qu’il n’y en a plus que six. Incroyable ! Je n’ai pourtant remué l’enveloppe que de quelques millimètres en marchant. La perte de cette paillette m’attriste d’une manière incompréhensible.
Ouram, est-ce grave qu’une d’entre elles m’ait échappé ?
Non et de toute façon nous ne la retrouverons jamais sur ce sol moucheté.
C’est juste. Non seulement ce revêtement camaïeu n’incite pas à la recherche, mais je suis myope et sans lunettes à ma vue. Tant pis, avec l’extrémité de la plume, j’écarte chaque parcelle dorée et forme une sorte de coquille d’escargot. Au moment de placer la dernière je me lève soudainement et, savoir savoir pourquoi, me dirige vers la porte d’entrée. Sans aucune hésitation, je me baisse, pose mon doigt sur un des motifs du sol, et ramasse la septième paillette. Ouram me regarde interloqué. Cet épisode n’a duré que le temps d’un éclair. Aujourd’hui, encore, je ne sais pas ce qui m’a poussé à agir ainsi. Pendant plusieurs semaines cet élan spontané se reproduira des dizaines de fois. Pour l’heure, je déniche un sous-verre et son cadre en pin. Coupant prudemment l’enveloppe à la bonne dimension, je la glisse sous le verre. Les mouvements lents de cette manipulation changent, malgré tout, l’ordre des paillettes. La spirale n’est plus, un carré et un triangle se sont organisés tranquillement.
Que s’est-il passé ? Que se passe-t-il ? Que signifient l’eau, les paillettes, l’odeur, l’Indien, le lait, la flamme, les photos… ? Quel est ce monde que nous ignorons mais que nous côtoyons sans cesse ? D’où viennent ces signes et dans quel but se manifestent-ils ?
Pour Ouram et moi, on ne peut que constater que c’est à la suite d’un simple geste, qu’une déferlante d’images très anciennes a fait basculer nos existences. Tout s’est mis en place pour que nous vivions autre chose et ce, malgré les différences. Toutes ces manifestations sont l’expression du bonheur universel de s’être retrouvés ou, peut-être, de se trouver. Ne serait-ce pas également l’expression de l’âme soeur ? Dès la première goutte d’eau nous n’avons eu de cesse de partager ces découvertes avec le plus grand nombre de personnes. Nous aimons la terre et ce qu’elle est. Elle nous fait prendre conscience de ce que nous sommes réellement. En vivant, au plus près, les changements de saison, nous avons vécu l’immortalité de l’esprit.
Pour moi, aujourd’hui, mon escarcelle est gonflée de joie pure et de reconnaissance. Les épreuves m’ont poussée à ouvrir d’autres portes. Ces portes que j’entrebâillais depuis l’enfance par curiosité et que je refermais par peur car ignorante. La majorité de mes questions restent sans réponse. J’attends encore de l’aide de là-bas ou de là-haut. Je ne me lasse pas de chercher à comprendre. Si étrange que cela puisse paraître, ma situation actuelle, assez positive, est tout de même le fruit d’une profonde désespérance
– Tout trouver en soi. La vie aime la vie. Ces neuf mots semés par Ouram, lors des derniers frimas, ont résisté aux nuages épais et glacés. Je cueille après beaucoup de labeur, de soins et d’attention, leurs fleurs éternelles. Les peurs d’entreprendre ou plus grave encore, les appréhensions de réussir, se sont dissipées avec l’acceptation totale du non- jugement, de la non dualité.