Je suis venu pour vous

Pourquoi une autobiographie ?

Se retrouver en soi-même, se surprendre en parlant de l’essentiel, rêver, toute affaire cessante, sont des éléments de réponses à cette question.
Ecrire le troisième – et dernier – volet de mon aventure singulière est un moyen de communiquer l’espérance, et de convaincre de la certitude que tout est possible.
Après plusieurs années éprouvantes, bien que riches d’expériences, étais-je prête à accepter l’amour ? Voudrais-je, enfin, donner le meilleur de moi, cette part secrète, dissimulée et trop peu féconde ? Mon parcours, innattendu, ne me préparait qu’à la rencontre d’un être original.
Mes blessures étaient-elles réellement cicatrisées ?
L’homme saurait-il m’apprivoiser tout en sauvegardant ma liberté ?


Extraits du livre
23 novembre 2002
Les ors de l ‘automne ne la réchauffent plus. Les brouillards qui la glacent ne lui arrachent aucune plainte. Si la construction de sa maison lui a laissé un corps perpétuellement douloureux, il s’est aussi, grâce à cela, aguerri aux variations brutales des saisons.
Le temps a passé…
Le petit mètre linéaire qui lui a été attribué, est bien défini entre les oeuvres de Vincent Desbrières et celles de Michel Andréoletty. Elle, ravie d’ajuster sur cette petite table son velours pourpre, installe méticuleusement sa panoplie d’auteur : ouvrages, articles de presse, affichettes, plumes et encres destinées aux dédicaces. Dans le brouhaha de l ‘installation générale, la seule chanson silencieuse de son bonheur couvre les mille éclats de voix. Invitée in extremis au quatrième salon du livre à Voiron, Elle, loue les organisateurs d’avoir choisi le site prestigieux des caves de la Chartreuse et la diligence de son ami éditeur Eric, écrivain et poète, qui a su accélérer l’impression de ses livres.
23 novembre 2000
En cette fin d’après-midi, alors que le soir bleuit les montagnes alentour, je me demande encore ce qui m’a fait promettre d’assister à cette soirée paella organisée par l’Ensemble de clarinettes. Je suis tellement bien ici, dans le chalet. J’aurais pu passer la soirée à lire près de la cheminée. Et puis il y a Cyril, mon fils, qui, par extraordinaire, m’accorde quelques jours sa présence. Cyril justement qui me dit .
Laisse tomber cette soirée, tu ne connais personne ; tu vas t’ennuyer ferme.
Peut-être a-t-il raison, mais jai promis de représenter le maire de la ville et le sens du devoir est le plus fort. J’irai…
Il est presque vingt heures. J’ai souvent traversé ce petit village de Saint Joseph de Rivière en me rendant en Chartreuse notamment. Rien ne peut y retenir particulièrement le regard. Je n’avais jamais remarqué la salle des fêtes, d’ailleurs plutôt moderne. Elle s’avère spacieuse et chaleureuse quand on y entre… L ‘accueil des organisateurs est plutôt sympathique. On me place avec les officiels : j’aurai au moins quelqu ‘un à écouter et à qui parler,
La soirée s’est doucement avancée, le repas est bon, mes voisins agréables. L’intermède musical donné par l’Ensemble a été très apprécié mais, depuis un long moment, je n’ai d’yeux que pour une longue femme brune assise à la table derrière moi. Assise… Quand elle l’est, car j’ai l’impression qu’elle est toujours debout et à tous les points de la salle à la fois.
Son dynamisme m’étonne, son sourire, ses vêtements originaux aussi. Bientôt, elle mène les danses dans le vrai sens du terme. Autour d’elle deux jeunes filles, dont une qui lui ressemble étonnamment : sa fille sans aucun doute. Puis d’autres jeunes, comme enthousiasmés, enflammés par la fougue de cette jeune femme brune… Jeune, quel âge a-t-elle au fait ? Quarante, quarante-cinq ans. Qui est-elle ? Je me surprends à me poser toutes sortes de questions quand le maire de la commune me sort de ces réflexions…
Tu m’écoutes quand je te parle de mes projets ? Tu as l’air ailleurs !
Non, non, bien sûr, tes projets m’intéressent…
Peu à peu je me soustrais à la conversation… les yeux attirés par cette femme, comme le papillon par la lumière. Elle est belle, originale, dynamique… Mais il y a quelque chose d’autre de plus, d’inexplicable qui me pousse vers elle.
Mais quoi ?
Non, elle ne m’a pas vu. Elle n’est pas venue me saluer. Tout le monde a dû défiler à notre table, sauf elle. Pour quelle raison l’aurait-elle fait ? Mais qui est-elle ?
Je me sens un peu indiscret et je n’aime pas ce sentiment qui m’est si contraire. Elle est la maman d’une jeune clarinettiste, me dis-je.
Ne cherche pas à en savoir plus ! De quel droit ?
La nuit s’avance lentement, déjà l’heure du matin. Moi qui m’étais promis de rentrer tôt ! Je salue ceux de mes voisins qui sont encore présents, puis quitte la salle comme à regret non sans avoir une dernière fois admiré, d’un regard sans doute beaucoup trop appuyé, la longue femme brune.
23 novembre 2002
A cette heure matinale le soleil, sous le ciel, demeure mystérieux mais colore les yeux. Elle, repère immédiatement ceux de Robert, spécialiste du Bhoutan, guide himalayen et talentueux écrivain qui présente son dernier titre riche en photographies.
En filant de ses doigts poudrés d’or les rayons du soleil, Elle embrasse une retardataire… Présidente de l’association littéraire d’Ames et Pages, Anne-Marie va dans quelques heures recevoir le prix du jury. Elle, est enchantée d’écrire au sein de cette petite communauté.
Mais, pour la septième fois consécutive, son regard scrute le bracelet-montre de son voisin ; l’heure affichée signifie l’entrée imminente du public. A cet instant précis, Elle, ne connaît aucun secret des cieux et rien ne l’avertit de ce qui se prépare…
Servie par un article élogieux dans la presse locale et par son appartenance à la ville de Voiron depuis plus de vingt ans, Elle, signe de nombreux exemplaires et prolonge aussi chaque rencontre en partageant les expériences de ses interlocuteurs.
Elle ne résiste pas à ce qui lui arrive et se laisse envahir par des émotions toujours fraîches. Une flamme brille au plus profond d’elle, irréductible. Aujourd’hui, elle est fière : pas de cette fierté méprisante qui rend hautain, mais de celle qui ennoblit les sentiments. Elle, présente au public ses deux ouvrages autobiographiques et les confie à son jugement. Oui, elle est fière d’être de ce côté-ci de la table, fière d’être allée jusqu’au bout de son entreprise, d’avoir conduit son texte à la lecture. Et puis non. Elle se dit qu’il n’y a pas de quoi être fière puisqu’elle est animée par la passion de l’écriture et que, somme toute, c’est plutôt facile. Pourtant ce sentiment de fierté ne veut pas la quitter. Il l’occupe si peu d’ordinaire, qu’aujourd’hui elle l’accueille franchement et le garde jalousement.
Au coude à coude avec des écrivains de toutes les régions, elle songe aux mots de Victor Hugo : « L’ignorance est un plus grand péril que la misère ». Au vu des milliers de livres exposés ici, et des centaines de mains de tous âges et de tous horizons qui les feuillettent, Elle, se sent rassurée quant à l’accessibilité de la culture.
La foule bruyante et joyeuse envahit le salon. Elle, raconte, raconte encore et répond à toutes sortes de questions.
Non, je n’écrase pas tes mots sur du papier.
Oui, j’affectionne l’inénarrable.
Non, on n’a jamais le dernier mot avec les mots.
Oui, je me lève avant le point du jour…
Mais le rose doré de l’aube de ce matin devait présager un événement intime. Le temps s’arrête… Elle, incline la tête sur sa gauche, l’air est si doux…, et ne voit que lui. Pourquoi la lumière est-elle aussi resplendissante ? Il se dirige vers elle… Pourquoi ce silence aussi conciliant ?
… C’est plus qu’une simple curiosité qui m’a amené à m’intéresser à elle. Plus qu’un physique ; sa personnalité et son dynamisme m’ont littéralement captivés. Le hasard m’a donné l’occasion de lire des bribes de son histoire dans un journal. Depuis, une envie irrépressible, un besoin impérieux m’ont saisi : en savoir plus sur elle, l’écouter, la comprendre avant de l’aimer. Je ne me pose aucune question à l’instant où j’avance vers elle et ses livres, sous cette tente marabout, un peu fraîche ; je ne connais que ma certitude : je suis venu pour elle, définitivement.
Bonjour, je suis venu pour vous.
La vie s’arrête autour d’eux. Elle, a la sensation brutale de tomber d’une tour, de subir tout entière la gravitation avant d’atterrir tout aussi brutalement.
Je suis venu pour vous.
Ces mots simples, essentiels, la déconcertent. Muette devant cet inconnu clair et direct qui se donne, Elle, montre tout ce qu ‘elle veut cacher. Elle rougit, sourit, rougit encore, s’entend bafouiller des mots qu’elle oublie aussitôt et s’empourpre en remarquant l’esthétique de sa silhouette.
Elle, pressent que la différence habite cet inconnu original. Il la porte distinctement. Le timbre profond et posé de sa voix, le peu de mots qu’elle libère, accentuent l’image de singularité et d’élégance. Le personnage la trouble. Sans recouvrer son teint coutumier, elle reprend ses esprits et sourit pleinement. Elle propose de lui dédicacer son livre. Comme il reste devant elle, la regardant profondément en attendant qu’elle écrive, elle lui suggère de parcourir le salon pour passer le temps. Il marque un temps, affiche un léger dépit à peine voilé, puis poursuit sa visite.
Deux fois par semaine, pour améliorer ses revenus, Elle, a accepté dix heures de travail supplémentaire dans une petite agence située à deux cents mètres de son lieu de travail officiel. Cet apport financier lui offre des possibilités nouvelles. Si elle s’autorise quelques séances de cinéma ou de théâtre, sa plus grande joie reste de chérir un peu plus ses filles. Sans compter que cette autre besogne est comme une récréation. L’ambiance plus légère lui permet de s’habiller de manière très décontractée. C’est le cas aujourd’hui… Matériellement, elle n’a pas le temps de regagner sa maison de bois pour se faire une beauté. Pour comble de malchance, son sac à main ne renferme ni rouge à lèvres, ni poudre. En fouillant consciencieusement celui-ci; elle finit par extirper un peigne salutaire. Pliée en deux, dans une sorte de révérence profonde, elle le passe longuement dans ses cheveux avant de les torsader et de les déposer en boule sur le sommet du crâne. D’un geste rituel, elle plante, en travers de cet édifice soyeux, un pic agrémenté de petites perles nacrées. Sans miroir pour vérifier sa dextérité, elle sort dans la rue et se dirige vers un véhicule, dont les rétroviseurs extérieurs sont gigantesques. Pourtant, même en oblique et en se contorsionnant au maximum, sa tête ne s’encadre pas totalement dans le miroir. Tant pis, c’est l’heure ! Curieusement, elle se sent calme, anormalement tranquille et audacieusement confiante. Sans doute le lieu de ce rendez-vous y est-il pour beaucoup !
Rencontrer l’homme sur son lieu de travail est rassurant. Elle, imagine déjà l’ambiance active et bruyante qui entourera leur conversation : sonneries de téléphone, bruits de pas, discussions entre collègues ; rien qui incite à appréhender un face à face.
Elle se gare, claque la portière, repère l’entrée et se ravise. Revenant à son véhicule, elle attrape un exemplaire de son premier ouvrage et le cale sous son bras. D’un pas hardi elle traverse la chaussée. Moins de dix mètres la séparent de la porte. Dans quelques secondes elle s’annoncera. Cette démarche inéluctable maintenant à dix-sept heures vingt-neuf, la plonge pour la dernière minute dans un état d’agitation. Ses anciennes peurs reviennent quand elle ne peut plus reculer. Elle décline son nom et son prénom.
Il descend vous chercher, vous pouvez attendre là.
« Là » est un lieu éclairé, dynamisé par la décoration murale et les objets savamment arrangés. Partout des portraits souriants, exaltés, passionnés de filles et de garçons sportifs de haut niveau. Le ski est magnifié, glorifié. La glisse sous toutes ses formes galvanise le visiteur pour peu qu’il ait deux yeux. Elle a cette chance! Ces prunelles jais flamboient sur les neiges de papier glacé. L’homme qui n’est pas encore venu la chercher lui a déjà suggéré son monde. A l’évidence, ils n’appartiennent pas au même. Si elle pratique assidûment la marche et la natation, elle ne fréquente désormais aucune station de ski depuis une vingtaine d’années. Deux raisons essentielles sont responsables de cet abandon lointain : une chute mémorable sur la piste noire de Chamrousse couronnée par une greffe, des semaines d’immobilisation et des mois de rééducation puis, plus récemment, par la perte totale de revenus. Le renoncement est devenu résignation puis rapidement soulagement. Sa lucidité est omniprésente ; ce n’est pas avec ses ressources qu’elle pourrait s’équiper et se déplacer en station. De toute façon, elle déteste le froid et ne ressent aucune frustration. De plus, pour son dernier anniversaire, ses filles lui ont offert une paire de rollers. Après un apprentissage rapide avec sa cadette, elle aussi « glisse » le long des berges de l’Isère, elle aussi savoure les…
Bonjour, ce sont des 9 X que vous regardez-là.
Elle tend la main, remballe ses pensées, et constate que l’homme a tout, du sportif de haut niveau, quand il emprunte la montée d’escaliers. Son allure énergique, sa minceur musclée et sa souplesse sont le résultat d’innombrables années de pratique !
Des 9 X…
Tout. Il a tout. Il la précède et lui ouvre la porte de son bureau. Elle a le temps de lire la plaque « Directeur commercial », de chercher la sortie quand il l’invite à s’asseoir.
Je vous ai apporté mon premier livre.
Vous en aviez donc déjà écrit un ?
Aucune sonnerie de téléphone, aucun bruit de pas, aucune conversation ne trouble l’atmosphère. Tout est comme en suspens, reposé. L ‘homme parcourt l’ouvrage.
Pour la promotion de vos écrits, j’ai pensé…
Les minutes s’écoulent doucement. Elle prend son crayon, note quelques adresses. L’homme range le sien.
Parlez-moi de vous.
De moi ?
De vous.
Que voulez-vous savoir ? Ce que je garde dans ma conscience ? Que j’ai besoin d ‘inspiration et d’intuition ? De ce qui vient de l ‘intérieur et qui ne peut être influencé par qui que ce soit. Ressentez-vous, pendant cet entretien, ma crainte d’être indigne d’avoir le meilleur ? De ne pas le mériter ? Percevez-vous cette fausse humilité qui m’empêche d’accepter ce qui m’appartient de droit ? Avez-vous deviné que j’ai un but et que j’avance sans cesse vers lui ? Mais il est tard et vous m’avez consacré tant d’attention !
Laissez-moi vous raccompagner.
Non, non. Je retrouverai le chemin sans problème…
Interloqué par ce refus, l’homme s ‘est levé, a ouvert la porte. Ils se serrent la main. Il ne relâche pas son étreinte. Troublée, Elle, dégage lentement ses doigts et s ‘éloigne. Avant de descendre les marches elle se retourne et le visage grave de l’homme la surprend. Un peu de tristesse, un peu de désappointement même, ont altéré son regard.
Il est de ces êtres chercheurs et curieux qui vous ouvrent l’horizon ou qui repoussent les murs d’une enceinte trop étroite, qui savent vous entendre et vous raconter. Des personnages capables de vous intéresser et même de vous fasciner avec des sujets âpres, mystérieux ou abstraits. Parler du carré de Kheops, du pendule de Salomon, des chiffres de Boèce ou d’ésotérisme ne semblent pas leur poser de problèmes particuliers.
Mais va-t-elle enfin s’endormir ? Pourquoi l’homme occupe-t-il autant de place dans ses pensées ? Elle se sent comme habitée quand le sommeil la fuit.
Pendant la période des giboulées , elle l’a revu pour une soirée au cinéma. Depuis, elle se repasse inlassablement les dialogues de leurs rencontre. En vérité, trois gestes enflamment sa mémoire. Alors qu’il conduit sa voiture souplement – mais un peu vite – elle essaye de maîtriser sa respiration. Son coeur se laisse continuellement emballer par un excès d’émotion. Tout en retenue, elle parle peu, embarrassée par cette promiscuité dans un espace restreint. Elle détaille consciencieusement le paysage mais n’en retient rien… Ils se vouvoient poliment. Elle le regarde à la dérobée : chemise blanche, veste de lin bleu, pantalon gris perle et chaussures noires. Tout est en place pour qu’elle garde le contrôle d’elle-même et pourtant…
Pourtant, elle lève la main et la pose sur son incroyable chevelure. Comme piqué par une guêpe, il sursaute, la regarde intensément, totalement surpris par ce geste inattendu.
Cela vous gêne ?
Non, mais je n’ai pas l’habitude…
Alors, Elle, ne pense plus du tout et faufile ses doigts au coeur des boucles soyeuses, les malaxe, les enroule, les étire, les caresse délicatement en savourant leur soie précieuse.
Il se penche un peu, se dévisage dans le rétroviseur.
On dirait un champ de blé après l’orage. C’est bon.
Un peu plus tard, au premier étage du complexe cinématographique, Elle, s’installe dans un fauteuil et guette la fin de la séance précédente. Lui, debout près de la file d’attente la dévisage amoureusement. Elle lui ouvre les bras. Il vient, s ‘assoit sur ses genoux et ignore superbement les regards étonnés.
La salle libérée, les spectateurs s’éparpillent aux quatre coins. Ils sont main dans la main quand le film débute. L’homme redevenu silencieux, ouvre sa veste, défait un bouton de sa chemise blanche et lui prend la main pour la glisser sur sa peau nue. Elle se sent envahie d’un interminable frisson quand il l’applique sur son coeur car c’est bien là que l’homme maintient sa main ! Le geste est clair. Sa paume est plaquée sur le symbole des sentiments profonds. Il ne dit rien, elle abandonne définitivement le contrôle de sa respiration…
L’histoire projetée, qui tient en haleine les spectateurs, passe au second plan. Dans le noir de la salle, elle revit sa première rencontre au salon de Chartreuse : face à elle, l ‘homme tient son livre fermé ne voulant ni le feuilleter ni en parler vraiment. Elle lui propose une signature personnalisée, il accepte et attend. Elle lui demande de revenir un peu plus tard…
Maintenant, elle peut donner un sens à cette première dérobade. Elle voulait du temps, de l’espace pour lui écrire des mots qui ne pouvaient être les mêmes que ceux qu’elle destine aux autres.
Et là, ce soir, sa main qui communique directement avec son coeur lui révèle ce qu’elle ne savait pas encore : il construit son rêve Bien au-delà des brumes, son irréelle réalité du rêve. Elle se souvient comme elle s’était accrochée au titre de son premier livre, comme elle l’avait défendu ! Il y avait donc une raison…
Il est venu pour cela. Cette révélation muette l’éclaire.
Vous n’êtes plus seule !
Pardon ?
Vous ne serez plus jamais seule.
Mais je n’ai jamais été seule !
Il se tait et presse sa main, un peu plus fort.
Plutôt par tradition qu ‘habitude, plaisir que contrainte, Elle, prépare un potage de lettres. Enfant déjà, elle aimait disposer le minuscule alphabet sur le rebord de son assiette. Le plus souvent, les petites pâtes rebelles s’alignaient irrégulièrement pour former des prénoms. A l’heure d’aujourd ‘hui, elles paraissent plus blanches, plus dociles. Bientôt le liquide fumant est entièrement encerclé par les signes graphiques luisants. Elle a formé en rond, et en majuscules, deux courtes sentences. Bouche à demi-ouverte, elle les murmure et médite un moment.
HOC ERAT IN VOTIS ! RES, NON VERBA.
Instinctivement, elle sent que l ‘expression d’Horace lui correspond : « cela était dans mes voeux », et que le vocable latin : « des actes, non des mots » est bien prédestiné à l’homme.